Décline toute responsabilité en cas de procrastination
READING

Douloureux chiffres : poids, salaire, notes

Douloureux chiffres : poids, salaire, notes

Parmi les petits « mind fuck » qu’a produit la philosophie sur mon jeune cortex, une phrase de mon professeur m’avait marquée. Il est de bon ton de mesurer l’amour d’un couple au moyen de la seule chose qui puisse être à peu près objective et facile à voir (si on enlève les assiettes lancées théâtralement et le partage pour savoir qui gardera Kiki le terre-neuve lors du prononcé du divorce). La durée.

Temps main

Une durée, c’est quelque chose qu’on mesure en chiffres. Je ne vais pas vous refaire l’intégrale du propos de Jamy dans le C’est pas sorcier sur les poids et les mesures (passion « je regarde C’est Pas Sorcier Quand Je M’Ennuie ») . Une durée aurait l’avantage d’être objective, mais hé, dans un couple, qu’est-ce que c’est l’objectivité ? Qu’est-ce que l’Amour passionné des grandes histoires face à une clepsydre ? Le temps subjectif, celui qui passe lentement quand on attend son tour pour une formalité administrative ou extrêmement vite quand on passe un moment agréable avec des proches. Le temps objectif, qu’on mesure et a mesuré avec des bougies, calendriers, horloges, clepsydres et sabliers. Qui est bien nécessaire. Comment s’organiser pour établir du contact si on n’a pas tous le même repère ? Avec deux notions aussi différentes du temps, les mesures qu’il indique sont-elles si pertinentes ?

Pourtant, on continue à mesurer une espèce de sérieux dans le couple avec des critères datés. La durée, donc. Comme si le fait d’avoir passé huit mois était plus valable que cinq, ou sept années plus valables que quatre. Quand bien même ce serait le coup de coeur, l’entente totale, un gros coup de pied qui booste notre maturité ? On ne peut pas mesurer une intensité avec seulement une donnée chiffrée.

Et de la même manière, il faudrait arrêter (moi la première) d’utiliser les nombres comme référent à tout prix.

chiffres 2

Quand je parlais de mes notes que je trouvais décevantes à une amie, elle me faisait remarquer que je n’avais peut-être pas raté mon année. Quelque soient les résultats, j’avais acquis de l’expérience professionnelle, habité avec mon petit-ami, et fait pas mal d’autres choses. Mon année ne se résumait pas à un diplôme, ma valeur ne se résumait pas à quelques chiffres obtenus grâce à des coefficients. Mon investissement non plus. C’est là où le bât blesse dans les études supérieures, ce n’est pas le plus travailleur mais le plus malin (celui qui analyse correctement un cours ou ne révise qu’une partie d’un enseignement) qui va réussir.

Au final, c’est la même chose avec les autres chiffres. Mon poids ne peut pas résumer mon corps, ma beauté, mon rapport à mon corps. Les mêmes soixante kilos peuvent paraître fous pour une personne d’un mètre trente et occasionner un complexe et la peur d’être gros-se. Sur une personne d’un mètre quatre-vingt, ce sera peut-être la peur d’être malingre, maigre. Les tailles des magasins me semblent trompeuses. D’une robe qui est un peu grande pour moi malgré sa taille S, mon petit-ami s’est demandé si pour flatter le public, le magasin n’avait pas revu les tailles. Si la clientèle entre dans du 40 et pas du 42, et que cette clientèle est complexée, ça revient à lui passer de la pommade. Mais ça peut marcher pour la fidéliser.

Don't measure a woman's worth by her clothes, ne mesurez pas la valeur d'une femme à ses vêtements

Don’t measure a woman’s worth by her clothes, ne mesurez pas la valeur d’une femme à ses vêtements. Une bonne campagne d’affichage, et un article l’expliquant

Et les salaires ? On en parle, des salaires ? C’est communément admis. Le marché de l’emploi est un peu sans dessus dessous. En entendant les montants mirobolants de certains patrons et en voyant que le SMIC peine à grimper, dur de s’y retrouver. Il y a des jobs où on est sous-payés. Où l’investissement, l’énergie dépensés sont bien mal rétribués, pour un facteur ou un autre (parce qu’on part du principe qu’il ne faut pas faire d’études. Mais ça revient à créer une idée que les autres sont un investissement tandis que certaines mains d’oeuvre ont moins de valeur). J’aimerais que le revenu de base existe pour qu’on puisse enfin revaloriser ces métiers ingrats. Quand le salaire est bas, ce serait au moins bien que la société soit reconnaissante. La bienveillance des autres ne fait pas manger mais ce serait un peu de baume au coeur. Et quand il semble assez clair que certaines professions ne seront jamais auréolées de mystère et de cool (ô vous, les distributeurs de journaux qui travaillez dans le froid, les employés de restauration qui connaissez des rush réguliers), alors oui, ça consolerait au moins un peu d’avoir un salaire conséquent.

En attendant que le monde change, un petit coup de baume au coeur :

– vos notes ne mesurent pas votre valeur, votre intelligence, votre investissement

– votre salaire ne mesure pas votre valeur, votre investissement, votre intelligence

– la durée de vos expériences ne mesure pas son intensité, le changement qu’elles ont pu produire

– votre popularité et l’amour qu’on vous porte ne se mesurent pas dans le nombre de like, commentaires, compliments

Et votre personne ne se réduit pas à des chiffres.


RELATED POST

  1. Chauncey

    26 June

    Je suis ravie d’avoir pu ajouter ma petite pierre à l’édifice.

    Je trouve cet article très positif, super pour “remettre les pendules à l’heure” 😉

  2. Voilà un article qui me parle chère belle-sœur ! Un peu de positive-attitude dans ce monde de brutes !
    PS: cette affiche est tellement vraie dan notre société…
    Bises,

    MamanBaleine (un jour peut-être je relancerai mon blog et le défi qui va avec 😉 ) #ProcrastrinationIsABitch

Your email address will not be published. Required fields are marked *

INSTAGRAM
CLIC CLIC