Décline toute responsabilité en cas de procrastination

Quand ce ne sont pas que des animaux

Cet article est écrit par une végé convaincue. Je n’ai pas envie qu’on me tacle sur mes choix de vie, par contre j’ai très envie de débattre sereinement si vous en avez envie. Et d’échanger des recettes de cuisine plus que de s’engager dans un débat houleux.

J’ai perdu mon petit animal de compagnie. Je lui dois encore beaucoup.

En prenant soin d’un animal, nous l’arrachons aussi à son milieu. Nous faisons passer notre point de vue humain sur ses envies et ses instincts. Nous nous octroyons un droit de vie, de mort, de reproduction de l’animal. Nous décidons de son alimentation. De son droit de sortir dehors.
Nous nous plaçons dans une relation de codépendance, où il échange sa sécurité contre son absence de liberté. Nous en retirons de l’affection.

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Un podcast France inter sur l’attachement aux chiens et chats

J’adorais mon petit animal de compagnie. J’éprouvais des regrets, des remords de lui avoir enlevé son milieu naturel. Bien sûr qu’elle aurait pu se retrouver dans la rubrique des animaux écrasés sans aucun mal, du fait de sa grande tendance à l’exploration de son milieu naturel (et d’une certaine propension à croire que si les autres sont invisibles, c’est qu’elle est cachée aussi).

M’occuper de ce tout petit être, le voir grandir, m’a amenée à me poser beaucoup de questions. Pourquoi je m’attachais à cet animal-là en particulier ? Pourquoi il devenait acceptable de lui sélectionner sa nourriture avec attention, de veiller à son confort matériel alors que je savais que la viande dans mon assiette venait d’un autre animal ? Dans d’autres cultures, on aurait pu manger mon petit animal de compagnie. Ça arrive avec tous les animaux, d’ailleurs. Un festival en Chine avait fait du bruit parce qu’on y mangeait des chiens, alors que hé, la mort de millions de vaches doit paraître immorale aussi sous certaines latitudes.

Il y a quelque chose de dérangeant dans les albums pour enfants. Quand on se dit que tiens, l’image de tous les petits animaux qui gambadent dans la ferme est un peu glauque lorsqu’on connaît la réalité des fermes. Des fermes industrielles pour la plupart. Celles qui provoquent des scandales sanitaires, à défaut qu’ils soient éthiques. Celles où on arrache le bec des poules et poulets (pour éviter qu’ils deviennent trop violents les uns avec les autres, du fait du stress provoqué par le confinement) comme dans les fermes usine. Celles qui ont des vaches hublot, ces vaches dans le flanc desquelles on installe des vitres pour pouvoir accéder à leur tube digestif (âmes sensibles s’abstenir). Celles qui anesthésient mal les animaux. Parce que si la mort sans violence reste encore cruelle, c’est glaçant de se rendre compte qu’on ne fait rien pour éviter cette violence. Rien.

Le très bon livre "No steak" et son sous-titre qui met un petit malaise en société

Le très bon livre “No steak” et son sous-titre qui met un petit malaise en société

Vous connaissez le comble de quelqu’un qui rechigne à manger de la viande depuis des années et se sent assez mal avec ça ? Travailler chez un boucher traiteur.

J’ai pu supporter pendant des années de manger de la viande en fermant les yeux. De me diriger vers le poisson, moins saignant et plus appétissant. D’oublier un peu qu’il y avait eu un animal que je considérais comme particulièrement mignon (parce que les cochons, vaches et poules étaient oubliés). De feindre de ne pas savoir toutes ces histoires sur la fabrication des nuggets.

Il y a un moment où le voile s’est levé. J’ai entendu parler des ravages écologiques. On m’a parlé des conditions. Et j’ai été confrontée à la viande que je ne voulais pas voir, celle qui rendait mes arguments rationnels complètement stériles. Quand je rentrais de ma journée de travail, il me semblait que mes mains sentaient encore le sang. J’avais la nausée en nettoyant des plats tachés de rouge, jamais assez propres. L’odeur m’assaillait quand j’arrivai en traînant les pieds le matin. J’éprouvais du dégoût pour ces gens qui venaient chercher leur bout de chair sans remords. Pour mes collègues qui ne voyaient pas le problème à découper des carcasses. Moi je nettoyais aussi le sang qui coulait depuis la carcasse de bœuf dans la chambre froide, et je peux assurer que c’était difficile de ne pas faire le lien avec l’animal quand on en a la moitié qui pend au-dessus de la tête.

J’étais en colère, aussi. Mon employeur jouait sur une image de tradition et qualité, image très implicite. Je n’ai jamais vu autant de plats préparés qu’à l’arrière de la boutique. Tout le côté traiteur provenait d’usines en bordure de ville. La chose la plus “fait maison” devait être un flan, dont un groupe industriel fournissait la préparation (plus qu’à réhydrater). Je suppose que ça rassurait la clientèle de penser qu’ils achetaient chez le petit commerçant du quartier. Dans la même rue, un poissonnier s’est installé. Les mecs nettoient à grandes eaux et portent de hautes bottes en caoutchouc. Je suppose que c’est le folklore.

Y a des tas de choses qui me font grincer des dents dans cette vidéo, mais j’aime bien la façon dont l’argument les-plantes-ont-des-sentiments est mis en avant.

Et tout ça m’a fait cogiter. Vraiment, sincèrement. J’avais du mal à sauter le pas. J’ai été flexitarienne, le bon combo conscience tranquille / pas à assumer des regards en société. Non pas que le végétarisme soit une oppression ou qu’il y ait une végé-phobie (peut-être quand on est vegan, je ne peux pas me prononcer là-dessus). Par contre, il y a souvent des incompréhensions, des remarques. Quand on sort de la norme, il faut souvent s’attendre à être questionné là-dessus.

La viande ne me manquait plus. Ce qui me manquait, c’étaient tous ces rituels autour de la viande, le côté bon repas et les recettes alléchantes. Depuis trois ans, on commence à parler du végétarisme. Les recettes fleurissent un peu partout. C’est aussi ce végétarisme-là dont je voudrais parler. Bien sûr que vous risquez d’avoir des blagues. Des incompréhensions. Des gens qui pensent que vous le faites en guise de rejet des industriels (mais tu prendras pas de la saucisse aux herbes du fermier du coin ?). Des gens qui pensent que ce n’est qu’une phase (quand bien même, j’avais le droit de tenter ma chance). Il y aura des gens pour savoir si ça s’applique aux fruits de mer, et les insectes alors ? (posent-ils la question à tous leurs interlocuteurs pour faire un micro-trottoir ou veulent-ils savoir si un truc qui écœure plein de monde et a des chances de me dégoûter encore plus me dégoûte en effet ?)  On vous parlera des protéines, aussi. Mais il y en a dans tellement d’aliments. De manière générale, moins votre aliment est raffiné et plus il en aura (il y a un monde entre le pain blanc et le pain intégral).

Mais c’est votre corps. Vous décidez de ce que vous ingurgitez. Vous votez trois fois par jour lorsque vous mangez : c’est un des arguments qui a bien fait écho chez moi aussi. Avec quelle légitimité étais-je en train de faire des choix que je savais mauvais, et pourquoi les poursuivre alors que je n’en étais pas satisfaite ?

Si c’était à refaire, je le referais. En fait je le refais tous les jours. Je choisis à chaque repas de ne pas manger de la viande ou du poisson, et à chaque fois ce serait plus facile, plus confortable d’en manger. J’éviterais le tomate-mozza toute l’année (et sa tomate façon L’Aile ou la cuisse).

Ca m'empêchera pas de boire du rouge pour pas broyer du noir.

Ca m’empêchera pas de boire du rouge pour pas broyer du noir, par contre.

Je n’ai jamais été aussi bien avec mon alimentation que depuis que je ne mange plus de chair animale.
Je ne me sens plus coupable. Je n’ai plus de contradictions. Je me sens libre de regarder une vidéo de vaches qui caracolent ou un lolcat sans éprouver une petite gêne. Mes amis se mettent à me parler de cuisine et on échange des tas de recettes. Ça leur permet aussi d’exprimer leurs doutes, et même s’ils ne deviennent pas végétariens ou végétaliens, ça me rassure de savoir que la question les tracasse aussi. Ce n’est pas que dans ma tête.

J’ai découvert un intérêt pour la cuisine. Il y a un côté “petit chimiste” insoupçonné dans la cuisine végétalienne. Une mousse au chocolat à base de jus de pois chiches ? Un gâteau moelleux sans œufs ou produits animaux ? Oh, mais alors on peut utiliser de l’avocat pour ça ? Ou pour ça ? Moi qui suis parfois peu organisée, je me sens nettement plus à l’aise de ne pas avoir à me demander si cette viande est encore bonne ou si je risque une sale réaction en la mangeant.

Je pense que ça doit être un choix personnel (même si c’est un choix politique) et je peux comprendre que si on n’est pas dans un milieu ouvert, ce soit effrayant. Le végétarisme est un choix, à ce titre il peut donc être remis en cause comme les autres choix que nous faisons. Mais je vous assure qu’il y a des tas de bénéfices, que le jeu en vaut la chandelle. Si ça vous intéresse, ne vous retenez pas, et intéressez-vous y. On partagera du houmous, ce sera sympa.​


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