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Sociologie et Saint Valentin

Sociologie et Saint Valentin

Lorsque j’étudiais un peu la sociologie à l’université, j’ai pu travailler sur le genre. Le texte qui m’a le plus marquée est La découverte du conjoint de Michel Bozon et François Héran. Il semble que le premier soit le plus influent des deux.
Les sociologues nous expliquent plusieurs choses qui me semblent intéressantes en période de films romantiques et de pression sur le fait d’être en couple. En bref, de Saint Valentin.
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Mauvais genre de Chloé Cruchaudet, une BD poignante dont je vous parlais ici.

La manière dont les jeunes hommes et femmes décrivent la toute première impression produite par leur nouveau partenaire correspond assez rarement à ce que l’on peut appeler un coup de foudre. A peine 15 % des personnes interrogées reconnaissaient un sentiment aussi fort que le “love at first sight” [coup de foudre]. Pour la plupart, les sentiments sont beaucoup plus progressifs et s’élaborent au cours de la fréquentation commune.

Le coup de foudre n’arrive pas par hasard.
Voici quelques enseignements tirés du texte de Bozon. Je vous invite à découvrir les articles ici  ou directement à la source pour approfondir ce que je familiarise ici.
Nous restons majoritairement en couple avec des gens qui nous ressemblent. Une rencontre hors zone de confort est possible mais le couple risque de ne pas tenir. Beaucoup de couples se rencontrent encore sur leur lieu de travail. Mais les rencontres qui sont déjà cadrées par ce lieu ne sont pas les mêmes selon la profession exercée et son ratio femmes-hommes. Se rencontrer sur son lieu de travail,  est une des marques d’endogamie. Endo le préfixe de l’entre, du même, gamie le suffixe du mariage et de l’union.
Nous nous rencontrons majoritairement dans des lieux définis. L’étude est trop ancienne pour mentionner les sites de rencontre, mais elle fait le point sur le fait que plus les personnes appartiennent à une classe sociale sélective (=aisée), plus le lieu de rencontre est sélectif. Ceux qui se rencontrent dans les bals populaire n’étaient pas ceux invités aux rallyes de la haute société. Les études, les lieux de vacances, ne sont pas partagés par toute la société. Les classes sociales populaires se rencontrent dans des lieux publics avec un droit d’entrée modique comme les cafés, les cinémas ou les transports. Les classes supérieures dans des lieux dans l’accès est restreint comme un lieu d’études, un club, une salle de concert.
 Les femmes sont plus amenées que les hommes à connaître une mobilité sociale, à changer de classe sociale. Une femme d’origine sociale plus modeste peut épouser un homme au meilleur niveau de vie. Dans Le roi et l’oiseau, le sage explique à la bergère que les rois épousent les bergères, c’est une exception charmante et les auteurs se moquent ici des contes de fée à base de roturière et prince. Cendrillon en tête. Kate Middleton pour la moitié de la presse couvrant son mariage.
Une raison bien déprimante : les femmes sont habituées à chercher un statut chez leur conjoint, les hommes à chercher des qualités dites féminines comme la compréhension des autres ou tout simplement une apparence physique à leur goût. Pour autant, l’étude se révèle vraiment plus subtile que “les hommes sont superficiels et les femmes vénales” et je vous encourage vivement à la lire si le sujet vous titille.
  Implicitement, les femmes acceptent une domination sociale de leur conjoint. Conjoint plus âgé, au niveau d’études plus élevé, plus grand physiquement. Je suis persuadée que comme moi, vous avez déjà rencontré des gens qui ne transigeaient pas sur cette représentation du couple, créant la gêne des femmes grandes et des hommes petits. Inutile de se flageller d’avoir ancré ces critères quand les médias passent des heures à nous le rappeler.
Pour Michel Bozon, les femmes accordent moins d’importance à l’âge de leur conjoint et dévalorisent moins les hommes jeunes quand leur niveau d’études (à elles) augmente. Je n’y vois pas une attitude calculatrice mais une volonté d’émancipation ; ainsi que le relève le sociologue, un conjoint plus âgé peut les aider à acquérir de l’indépendance vis-à-vis de leur famille. Lorsqu’elles ont pu faire suffisamment d’études et supposément acquérir plus d’indépendance, rien d’étonnant à ce qu’elles puissent aborder le sujet plus sereinement.
Tout ça est très théorique et je passe rapidement dessus, mais les illustrations populaires sont nombreuses.
  • Fifty shades of grey. Dois-je évoquer le fait qu’il soit richissime et elle assez pauvre ? Marche aussi avec Le journal de Bridget Jones et tous les livres sur l’Accro au Shopping.
  • Tous les films de Woody Allen.L’homme irrationnel avec son professeur de littérature qui séduit une étudiante en petite crise existentielle et utilise son ascendant sur elle. Je passe sur sa relation avec la fille adoptive de son ex femme.
  • La Sélection, Twilight, Rouge Rubis. Des hommes riches (La Sélection, Twilight), plus expérimentés (Twilight, Rouge Rubis) que l’héroïne qui est une oie blanche qui se rebellera à intervalles réguliers pour qu’on comprenne qu’elle n’est pas trop sotte. Mais elle ne fait pas d’ombre au personnage masculin mystérieux et puissant quand même.
Ça ne signifie pas qu’un couple qui reproduit ce schéma est mauvais ou voué à l’échec. Par contre, ce schéma inconscient peut expliquer l’échec d’une relation, ou quelque chose qui nous gêne dans notre rapport aux autres.
Je sais que mon couple reproduit les inégalités mises en avant par Bozon et Héran. Mon conjoint est plus grand que moi, plus âgé et (pour le moment seulement) a fait de plus longues études. Si je dois être critique avec moi-même, j’ai peut-être reproduit le schéma de mes parents, ou recherché un conjoint me permettant d’acquérir de l’indépendance vis-à-vis de ma famille.
En être consciente n’est pas nécessairement agréable mais c’est extrêmement utile de me poser cette question. Les éléments montrés par Bozon m’expliquent aussi pourquoi mon couple est bien accepté tandis que des amies sortant avec des conjoints différents de la norme masculine ou des amis plus petits physiquement que leur compagne m’expliquent leur gêne.
En bref, si vous êtes célibataires pour le 14 février, ne vous tourmentez pas : la (le coup de) foudre ne frappe pas au hasard.
Et prenez soin de vous.

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  1. Telys

    21 February

    C’est extrêmement intéressant ! Merci beaucoup pour cette introduction au sujet.
    Toutefois, je suis curieuse de savoir si l’arrivée des sites et apps de rencontre a changé quelque chose à la formation de couple de gens qui se ressemblent…

    • Adèle

      21 February

      Je te remercie de ton commentaire!
      Je crois que Aziz Ansari a écrit là-dessus dans son livre “Modern Romance”, mais je n’ai pas encore eu le temps de le lire ! (: Nul doute que ça ferait un bon sujet d’article.

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