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A Christie for Christmas : les aventures de Tommy ...

A Christie for Christmas : les aventures de Tommy et Tuppence

Pour conclure cette sélection sur Agatha Christie, plusieurs titres :

– Mister Brown
– N ou M ?
– Mon petit doigt m’a dit
Les romantiques dans la salle vont pouvoir se réjouir : c’est un super couple qui nous est présenté.

Partners in crime, jessica raine et david williams

Nouvelle adaptation en préparation partners in crime. Avec Jessica Raine et David Williams qui correspondent très bien à nos héros

Ce qu’il y a de commun dans ces livres, ce sont leurs héros. Tommy et Tuppence reviennent, nous les voyons vieillir et résoudre des affaires. J’adore ces personnages. Je les shippe tellement que je pourrais faire des fanfictions là-dessus si ce n’était pas dépourvu d’intérêt (une histoire bien écrite existe déjà et les met déjà en couple. Et elle a des suites, mince ! )
Les aventures de Tommy Beresford et Tuppence (Prudence de son petit nom, Quat’sous pour ses amis) se teintent d’un délicieux petit côté espionnage. On est loin de Tom Clancy ou James Bond et leurs gadgets sophistiqués, mais l’ingéniosité des personnages fait de ces romans un régal.

Tommy et Tuppence forment aussi un exemple très positif de couple. Le monde dans lequel ils évoluent n’est pas dénué de sexisme mais ils s’entraident et chacun peut sauver l’autre selon les péripéties. Le cliché de la demoiselle en détresse n’a pas lieu d’être ici. Tuppence n’est pas reléguée en arrière-plan sous prétexte qu’elle est une femme. Les deux protagonistes plongent au coeur de l’action et se soutiennent. L’affection qu’ils se portent est sincère, parce qu’elle est aussi empreinte de petites inquiétudes et de petites vexations.

Un troisième larron se joint parfois au duo, le majordome Albert qui fait office d’adjuvant et leur sauve la mise. Je suis un peu plus contrariée sur l’idée d’un majordome, même si Albert a une vie personnelle à côté de son travail pour les Beresford, il y a un petit côté classiste dans tout ça.

Tuppence, « two pence », surnommée « Miss quat’sous » dans la version française traduite par Albine Vigroux, est la fille d’un pasteur qui s’étonnera dans le premier tome de leurs aventures du vécu de sa fille. On apprend qu’elle a servi son pays pendant la guerre (son pays = l’Angleterre, hein), en faisant la plonge puis en conduisant des véhicules, avant de finir postière, conductrice de bus et finalement fauchée une fois la guerre finie (faire rentrer les femmes dans les foyers en croyant que ça libèrera de l’emploi pour les hommes, tout ça tout ça). Au commencement de leurs aventures (dans le tome « Mister Brown »), ils sont fauchés l’un comme l’autre et peinent à trouver un petit boulot. Formulé, on a l’impression d’entendre un résumé ultra déprimant du quotidien. Promis, cette série de livres ne se concentre pas sur un passage à l’agence nationale pour l’emploi et d’autres choses.

– J’ai pensé à tous les moyens imaginables de se procurer de l’argent, poursuivit Tuppence. C’est bien simple, il n’en existe que trois : faire un héritage, se marier, ou en gagner. Le premier, n’en parlons pas, je n’ai pas de parents vieux et riches. Tout ce que ma famille compte de vieillards survit dans des maisons pour gâteux. J’aide toujours les vieilles dames à traverser la rue, je ramasse les paquets des vieux messieurs dans l’espoir de rencontrer des millionnaires excentriques.

Le duo crée par Agatha Christie est particulièrement vivant. La traduction française retranscrit bien cette camaraderie, ce lien de « buddies » entre les deux protagonistes principaux. Ils ont un langage familier, se taquinent, vont dans l’emphase, utilisent des locutions … je ne vais pas détailler ici tous les procédés qui font qu’un dialogue est vivant et qu’on apprend au collège entre l’étude de deux COD, mais ça marche bien ici et c’est très chouette à lire et on sent leur complicité.

Une thématique se glisse au fur et à mesure des tomes. On en entend plus parler dans le tome N ou M ? qui se déroule durant la seconde guerre mondiale. Il y est question d’espionnage, nous en savons plus sur un groupuscule qui fait planer une menace sur cette Angleterre qui a perdu ses repères et où nos héros ont déjà un certain âge. Par la même occasion, le traitement infligé à certains personnages (réfugiés venant de pays en guerre) par les personnages racistes trouve un écho curieusement actuel …

De cette mystérieuse Cinquième Colonne, nous n’apprenons qu’au compte-goutte le véritable but. C’est un groupe international qui a des visées obscures. Le coup du complot un peu traditionnel, qui veut du mal aux innocentes démocraties. Nous saurons au fil des tomes qu’il englobe des ressortissants de nombreux pays et beaucoup d’occidentaux qui jouissent d’une bonne situation sociale : le spectre des vilains pas beaux racisés qui font la guerre ne vient pas planer sur l’oeuvre d’Agatha Christie. Au vu de l’actualité politique et des déclarations sans nuances, c’est agréable d’éviter ce cliché.

cinquième colonne

La “formule complotiste” est encore bien utilisée, notamment par Christian Estrosi en avril 2015. Cet article du Figaro d’où est tirée l’image vous en apprendra plus.

Ce complot nous empêcherait-il de profiter des tomes consacrés à Tommy et Tuppence ? Certaines de leurs aventures sont à la frontière du roman d’espionnage. Pour autant, la situation reste un huis clos. On peut trouver que les procédés d’Agatha Christie sont parfois grossiers, qu’elle tire des ficelles inopinément et qu’il était très difficile de découvrir que tel personnage est le coupable avant d’arriver à un certain avancement dans l’histoire et un élément qui nous manquait, ou qui en tout cas facilitait grandement l’élaboration d’une hypothèse. Mais les personnages de coupables sont présents dès le début du récit, ils interagissent régulièrement avec les héros.

Personnellement, j’ai une théorie pour trouver les coupables dans l’oeuvre d’Agatha Christie. J’appelle ça le « personnage moyennement soupçonnable ». Ce n’est pas celui qui a un caractère sombre, ombrageux, un passé trouble. Ca, c’est trop courant, on le voit venir comme une maison construite par un promoteur immobilier qui a la folie des grandeurs. Ce n’est pas forcément le personnage ultra gentil, ou celui qu’on découvre rapidement et qui est tué dans les premiers chapitres (sauf … Non, je ne le citerai pas, vous aurez la surprise en lisant cette oeuvre assez connue de Mme Christie). C’est le moyennement soupçonnable. Celui qui a un background cohérent, qui a été personnifié, qui peut semer des indices plus ou moins par hasard, qui a un mobile pour le soir du crime … Qu’on découvre postérieurement qu’il s’est travesti, qu’il a été enlevé, que c’était un agent double, soit. Mais on pouvait le soupçonner dès le début, et c’est la force du huis clos.

J’espère que cette sélection de livres sur Agatha Christie vous aura plu ! Il y a des livres de cette auteure que vous avez lus ? Aimés ?9+


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  1. Chauncey

    1 December

    Aaah j’aime tellement Prudence – et le couple qu’elle forme avec Tommy aussi bien sûr mais Prudence fait partie de mes personnages féminins préférés chez Agatha Christie. J’adore son côté chamallow et généreux et en même temps comme elle n’est pas cul-cul la praline; sa façon d’être décidée et prompte à l’action sans incarner le personnage de “peste” qu’on aime à coller aux femmes sûres d’elles. Bref Prudence cœur avec les doigts 🙂

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