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Le livre des morts des anciens égyptiens, et des coups de coeur Pop culture autour du bien et du mal

Ou comment un texte fondateur d’une ancienne culture me fait parler de littérature jeunesse et d’une série à la mode et plus généralement de comment faire le bien.

LE LIVRE DES MORTS, GREGOIRE KOLPAKTCHY

J’ai récemment été voir l’exposition Toutankhamon, Le trésor perdu du pharaon. Une exposition très populaire car elle rassemble de nombreux objets qui restent la plupart du temps dans leur musée d’origine. En plus de nous attirer par leur rareté, l’exposition remet tous ces biens dans leur contexte. La conception du funéraire à l’égyptienne, comment on enterre un pharaon et comment on conçoit le deuil. Ainsi, on v yoit :

  • de nombreuses barques de taille réduite qui sont sensées changer de taille dans l’au-delà et permettre au pharaon de traverser plusieurs épreuves aussi nommées heures ou portes.
  • Toute la représentation de commen lutter contre les démons des enfers ainsi que le montre une statuette de harponneur.
  • Le nécessaire pour la préparation du corps, de l’enveloppe terrestre est détaillée en fournissant des repose-tête (ceux de la personne qu’on embaume), et autres objets de préparation

Le livre des morts des anciens égyptiens

Durant toute l’exposition, de nombreuses références sont faites au Livre des Morts des anciens égyptiens. Ce texte regrouperait les rituels par lesquels les égyptiens faisaient accompagner leurs proches dans leur dernier voyage. Texte d’abord connu d’une élite, le secret en fut divulgué sans qu’on s’explique comment. Il est décrypté par Grégoire Kolpaktchy qui lle commente. Le commentaire avant le texte est malheureusement une lecture ardue, jargonnante. J’avoue être restée de marbre lors de certains passages

« dans le syncrétisme religieux des courants mystériosophiques et sotériologiques, chaque peuple apportait sa contribution » précède par exemple une intéressante énumération comprenant druides gaulois et irlandais, gymnosophistes indiens, mages hellénisés du Zoroastre, prêtres de Babylone, adaptes du Dieu unique de Palestine et ceux de la Grande Déesse de Pessinonte 

 

dont je me suis fait une petite idée de la fonction grâce à Panoramix, mon repère en ce bas monde

Selon Kolpaktchy, les égyptiens vouent un culte à la mort, ou la tiennent en haute estime. Leur société tourne autour de l’idée d’Après. Les Dieux servent à symboliser la réalité palpable. Ainsi, le ciel est traversé par un char qui matérialise la course du soleil. Lorsque le char disparaît pour le royaume des morts, c’est la nuit. Une nouvelle bataille entre la vie et la mort permettra à une aube éclatante de renaître. Les phénomènes observables à l’oeil servent la mythologie.

Tête de crocodile, chacal, oiseau, les différentes apparences des Dieux symbolisent également des traits de caractère dans un anthropomorphisme éloquent.

A l’inverse de leurs contemporains grecs, les égyptiens ont laissé peu d’écrits et une grammaire simplifiée. Le texte est pourtant mystique, grandiloquent, assez déroutant. J’approuve le conseil de Kolpachy de ne pas lire ce recueil d’une traite.

LE REN, LE NOM, CE QUI VIENT APRES LA MORT JUSQUE DANS LA LITTERATURE JEUNESSE (Jonathan Stroud, JK Rowling)

La culture égyptienne repose sur l’idée que ce qui se passe après la mort, avec ses démons et ses Dieux, est une réalité palpable. Les égyptiens jonglent avec différents concepts pour décrire la mort. Lorsque le corps cesse d’être utile, la personne se manifeste par son KA. De ce que je comprends et peut vulgariser, le KA est le point d’ancrage qui n’est garantit que si le corps terrestre est protégé, donc embaumé. Le Khaibit est le reste des désirs, des passions, des vices : il risque d’être détruit, dérobé, une sorte de fantôme. Se superposent encore le BA, qui peut être rapproché de l’idée européenne d’âme. Le BA a besoin d’offrandes en nourriture terrestre, le KA d’offrandes symboliques (peintures dans les tombeaux).

Ainsi retrouve-t-on des ouvrages très fins dans la tombe de Toutankhamon, comme des cruches ayant contenu de la volaille cuisinée (forme bien reconnaissable).

Une autre conception qui s’y empile, le REN. Ce serait le « nom » magique qui renferme l’essence d’une personne et fait diablement penser au système magique mise en place dans la trilogie de Bartiméus par Jonathan Stroud.

Rien qu’à les voir sagement alignés, j’ai envie de les relire compulsivement.

La trilogie désormais quadrilogie de Bartiméus est épique, sensible, drôle, triste et c’est une lecture que je renouvelle avec plaisir depuis mon adolescence.

La Trilogie / Quadrilogie de Bartiméus

Dans cette série jeunesse brillamment écrite (cœur) dont les commencements sont en Egypte (tiens donc), les magiciens règnent sur les plébéiens en asservissant toutes sortes d’esprits et de démons. Ceux-ci rentrent au service des magiciens sous la contrainte. Grâce à des grimoires, les sorciers connaissent leur nom et ont donc une emprise sur eux. De la même manière, ces colons d’un nouveau genre dissimulent leur nom de baptême et optent pour un nom public. Connaître le nom de naissance d’un magicien permettrait à un démon de reprendre l’ascendant sur lui. Nommer un être, c’est détenir quelque chose sur lui. Comme le dit Kolpaktchy dans le Livre des morts « connaître le Nom d’un Esprit ou d’un dieu équivalait à les avoir à sa merci ».

Ce nom qui change l’emprise sur les choses me fait presque penser à Dumbledore. Dumbledore dans son obstination, expliquée à Harry Potter et ses amis, de nommer Voldemort pour se laisser moins effrayer par l’image que les sorciers s’en font.

A QUOI BON FAIRE LE BIEN

Revenons à notre livre des morts. Kolpaktchy met en avant plusieurs points qui m’ont fait cogiter.

Il évoque l’idée que lors de la Renaissance, la philosophie matérialiste discrédite petit à petit les croyances anciennes, et la peur de la Mort. Il n’y a que la matière / le palpable qui compte, il n’y aurait finalement pas d’âme. La vie après la mort n’est plus garantie, l’idée qu’il n’y a peut-être rien apparaît. Certains peuvent faire le pari de Pascal.

  • Si la vie après la mort n’existe pas et qu’il n’y a pas de justice après coup, de comptabilisation des points, je ne perds rien à bien me comporter, à part un peu de plaisir
  • Si la vie après la mort existe et que notre sort est conditionné par les actions entreprises sur Terre, j’ai tout intérêt à bien me comporter. Je pourrai atterrir dans un meilleur endroit / traverser les heures sur ma barque (si je suis égyptien). Il ne faudrait pas griller sa seule chance.

Un raisonnement qui a une faille. Le fait de bien se comporter, non pas par devoir mais par intérêt n’est pas un bon comportement. C’est au mieux l’appât du gain avec des retombées positives mais la motivation est corrompue. Si la vie après la mort recule, ne reste plus qu’à vivre avec le présent et en faire une occasion de fêtes, d’amusements. Kolpaktchy note néanmoins que :

« certain sujets, cependant, plus vulnérables, ne sauraient réagir qu’avec violence : suicides en série, drogues, criminalité juvénile sont alors des phénomènes courants. Tandis que l’immoralisme est de rigueur … (Pourquoi pas ? … Au nom de quoi ? …) »

Disons qu’avec cette idée de néant après la mort, le le garde-fou est perdu. Les Commandements chrétiens reposent sur l’idée d’un Dieu surveillant nos actions et conditionnant le passage dans l’Après. Sans Saint-Pierre gardant les clés pour les chrétiens, ou la pesée de l’âme pour les Egyptiens,. S’ils disparaissent, pourquoi bien bien se comporter ? Des éléments de réponse avec la série The Good Place que j’adore.

Pourquoi The Good Place est une excellente série

Premier élément de réponse : parce qu’elle s’attaque à tous ces questionnements du bien et du mal.

Eleanor Shellstrop se réveille un jour au Bon Endroit. Une sorte de Paradis, dans laquelle elle se retrouve miraculeusement avec une âme sœur en la personne de Chidi. Un philosophe brillant qui a poursuivi toute sa vie l’idée de bon choix. La personnalité qui devrait le mieux s’accorder avec une brillante avocate effectuant des missions humanitaires et … Oups. Eleanor n’a rien de tout ça et n’ignore pas qu’elle a mené une vie tout à fait égoïste.

Tahani la socialite, J. le moine muet au comportement trouble, Eleanor, l’intelligence artificielle Janet, Chidi le philosophe, Mickael créateur de leur petit univers

Ne sont admis au Bon Endroit que des personnes qui ont effectué de bonnes actions toute leur vie. Dieu est omniscient et a surveillé leur vie sur Terre. Ses relais ont pu suivre  petit à petit l’accumulation des points nécessaires pour déterminer ceux méritant de retrouver avec la fine fleur de l’humanité. Chaque action est comptabilisée. Envahir la Pologne retire beaucoup de points,  à l’inverse vous en gagnez en vous occupant de votre petite sœur. La série joue avec humour sur ce qui retire des points (nos petits comportements narcissiques sur les réseaux sociaux, etc).

Dans sa quête de s’améliorer pour gagner sa place, Eleanor est constamment tentée de se conduire en égoïste comme elle a pu le faire jusque-là. Il lui est dur de changer, malgré sa bonne volonté elle manque de constance. Il était inenvisageable d’agir différemment auparavant car il n’y avait aucune contrepartie à bien se comporter. Le système est manichéen jusqu’à l’absurde. Sous prétexte que d’autres ont souffert de pire, il n’y a pas de circonstances atténuantes. Ce qui permet aussi aux héros de venir de milieux socio-économiques très différents.

ESPACE MENTAL, CHARGE MENTALE ET BONNES ACTIONS

Eleonor de The Good Place est un personnage auquel il est facile de s’identifier. Il est tentant comme elle d’agir en choisissant la facilité. Un élément très juste noté par la série : les choix sont devenus plus complexes. Inviter des amis à manger ? En cuisinant de la viande (bio, locale ou selon son budget) ? En adaptant le menu aux goûts des invités mais aussi à d’autres contraintes (régime, effet de mode) ? Il y a bien plus de possibilités qu’auparavant.

Le bon côté : l’impression flatteuse et grisante d’être considérés car nous pouvons tout adapter à nos envies, tout personnaliser (des voitures au nom sur le pot de Nutella). Le mauvais côté :’en viens à penser nous perdons en sérénité ce que nous gagnons en liberté. Le moindre choix devient sujet de réflexion, et avec mes propres atermoiements vestimentaires, je suis bien placée pour connaître ces milles et unes hésitations.

Nous pouvons choisir, ce qui implique que nous devons choisir. Je me rends compte que ça ne m’apporte pas tant de sérénité de cela que tout soit possible. Je comprends mieux le concept de FOMO (fear of missing out, peur de rater quelque chose). Désormais que je peux voyager presque partout ou profiter de milliers d’oeuvres, je n’ai pas plus de temps libre que n’en avaient mes parents. Qui rataient déjà des expériences. Peut-être n’avaient-ils pas de surcroît la possibilité d’entendre si facilement parler de toutes ces choses formidables (qu’ils sont en train de rater).

Tout simplifier ?

Les initiatives visant à simplifier nos choix ont d’ailleurs le vent en poupe. Que ce soient les jeunes normcore ou Barack Obama simplifiant à l’extrême sa garde-robe (voir sur tendances de mode l’article « la tentation de l’uniforme« ), l’idée est la même. Sur un domaine auquel on peut accorder moins d’importance (le vêtement) tout en ayant quelques codes à respecter (ne pas avoir froid ou véhiculer une certaine image), il est possible de simplifier à l’extrême ses options de manière à ne presque pas choisir. Cela laisse de l’espace mental pour les autres choix qu’il faudra faire. Ainsi de l’écoféminisme : ces femmes modernes qui font le choix de revenir à des méthodes plus contraignantes. Elles contrebalancent leur confort traditionnel avec l’idée de manger plus sain. D’économiser. De protéger l’environnement en réalisant des produits alimentaires elles-mêmes.

Quels choix faire ? Choix de vie, de lieu de vie, de fréquentations, d’activités, de consommation … Les possibilités sont nombreuses et chacun trouve son chemin comme il le peut avec ce qu’il parvient à prioriser. Nous pouvons faire autre chose que penser à l’Après, mais le présent ne s’est pas aussi simplifié que ce qu’il paraît.

 

Ne me reste plus qu’à vous conseiller de regarder The Good Place qui reprend fin septembre ou d’emprunter la quadrilogie de Bartiméus pour apprécier l’écriture de Jonathan Stroud !

Adele Eastmacott

3 réflexions sur « Le livre des morts des anciens égyptiens, et des coups de coeur Pop culture autour du bien et du mal »

  1. Un article dense mais très intéressant. Comme toi j’accroche beaucoup à The Good Place auquel j’ai pensé dès le début de ton article tant le lien était facile à faire avec les éléments de réflexion que tu nous donnais.

    Bartiméus reste un excellent souvenir d’enfance, j’apprécierais sans doute de le relire aujourd’hui (et pourquoi pas de l’ajouter à ma bibliothèque de classe). En Guyane aussi certaines cultures font la distinction entre le vrai nom à garder secret et le nom d’usage par lequel tout le monde te connaît – auquel s’ajoute évidemment le « petit nom », surnom affectueux.

    C’est très agréable de te retrouver par ici avec la plume en forme 🙂

    1. Je suis rassurée de voir que je n’étais pas la seule à faire le lien avec the good place ! J’avais peur que mon bel enthousiasme pour la série me rende moins claire.
      J’imagine que d’autres cultures font cette distinction de nom aussi. Le petit nom, lui, me semble plus universel !

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