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L’expo Women house de la Monnaie de Paris : ...

L’expo Women house de la Monnaie de Paris : espace domestique et féminisme

Je suis partie samedi dernier voir l’exposition Women House avec une amie. On était parties pour voir une mise en scène féministe et une réflexion sociologique, on n’a pas été déçues.

L’exposition part d’un postulat : les hommes ont souvent pu s’approprier l’espace public, les femmes sont restées cantonnées dans la sphère domestique (la maison, la domus, le foyer et les responsabilités qui en incombent).

Dans des maisons moins mignonnes que cette maison de feutre

Est-ce que c’est un enjeu ? Oui, parce que c’est très rarement une répartition valorisante pour les femmes. Hormis dans quelques sociétés, la maîtrise de ce qu’il se passe à l’intérieur du foyer est peu souvent un avantage stratégique. Ca l’est chez les peuples vivant aux confins du monde polaire, là où il est impossible ou presque de sortir pendant plusieurs mois de l’année en raison des conditions climatiques. Dans des sociétés occidentales, ne pas avoir accès à la moindre indépendance financière, c’est dépendre de quelqu’un d’autre pour toute dépense d’argent et tout choix de vie. Parfois, l’argent gagné par la femme était géré par le compagnon, impossible alors de rompre sans l’assentiment de l’autre.

La répartition extérieur-intérieur devient encore moins équilibrée pour les femmes si on prend en compte l’existence ou le risque de violences conjugales : quelle marge de manoeuvre a-t-on quand on risque de subir la colère de l’autre et qu’il utilisera la force physique ?

Si les architectes ne prennent pas en compte l’utilisation qu’ont les femmes et les hommes de l’espace public, ils peuvent privilégier l’une de ces deux populations sans le savoir. Les éco-quartiers où la voiture est interdite limitent les déplacements des femmes. Parce parce qu’une obscure raison les empêcherait de sortir sans leur bolide, mais parce que marcher plus longtemps dans l’espace public, c’est risquer plus longtemps d’être victime de harcèlement de rue.

L’exposition part donc de ce postulat : les femmes sont restées à l’intérieur de la maison, pas nécessairement par choix. Et la maison, de refuge, est devenue une prison.

C’est vrai qu’on étouffe ici, chère Birgit Jürgenssen (« I Want Out of Here! » / )

L’exposition recense uniquement des travaux féminins. Les concernées qui prennent la parole par vidéos, installations, photographies, dessins … étouffent dans cette maison. Maison comparée à des maisons de poupées plus ou moins macabres. Femmes qui en débordent comme Alice au Pays des Merveilles, après avoir mangé son gâteau, mais dans une version nettement moins présentable aux enfants. Les amateurs d’art seront ravis de retrouver les oeuvres de quelques grands noms féminins de l’art contemporain.

Women House prend comme point de départ l’écrit de Virginia Woolf, une Chambre à soi. Elle y interroge les causes pour lesquelles l’accès des femmes à la littérature, aux arts, au monde public a été si laborieux. Le fait de ne pas voyager seule, de ne pas pouvoir se trouver dans un lieu public sans chaperon (à l’époque) ou sans risquer d’être importunée (le harcèlement de rue, maintenant dans les sociétés occidentales), d’avoir la charge des enfants et du ménage … autant de facteurs qui empêchent les femmes de produire des écrits ou de simplement pouvoir se forger un avis critique. Ces thématiques, Women House les explore. Comment ce foyer qui constitue le seul lieu où il est possible de se trouver cesse d’être un lieu de loisirs pour devenir le seul lieu possible. Comment il est devenu un horizon bouché.

Plutôt que de mettre une image un peu dérangeante, je vous présente un chapiteau à feuilles d’acanthe sur une colonne dorique. #recyclagedemescoursd’histoiredel’art

Un autre point très intéressant : la Monnaie de Paris est un bâtiment … aux allures d’immeuble d’habitation. Parler de la place des femmes dans la maison et comment celle-ci les enferme dans ce qui pourrait être un appartement haussmannien très cossu, c’est ironique ou bien trouvé (je débats encore). Certaines oeuvres, plus dérangeantes, valent le coup d’être vues … mais risquent de mettre un peu mal à l’aise.

Il faut en revanche être lucides : l’exposition reste très conceptuelle. Si on n’est pas bien éduqué aux débats féministes et à certains enjeux, il y a des oeuvres plus accessibles que d’autres. Certaines mises en scène parlent d’elles-même, d’autres nécessitent vraiment de lire la petite explication pour en comprendre le sens.

Je vous laisse sur quelques photos et une tasse de thé.

 

 


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  1. Babitty

    1 décembre

    Cet article résume tellement bien l’exposition ! Même si comme je te l’ai dit, je regrette pour ma part qu’il manque cette réappropriation de cet espace par la femme. Mais peut-être est-ce qu’il n’y a aucune oeuvre contemporaine. Aujourd’hui nous avons des femmes (et des hommes !) au foyer par choix. Donc j’ai trouvé dommage cette vision assez pessimiste, mais qui ne rend pas moins l’exposition très intéressante !

    Sinon ton article est parfait, parce qu’il retrace bien l’expo et surtout son message, tout en ne révélant pas trop son contenu.

    • Adele Eastmacott

      13 décembre

      Merci !
      Peut-être parce que c’est encore un non-choix pour trop de monde ? Dans un système sans revenu de base, peut-être que cela paraît encore dangereux … Cela dit, c’est vrai que lorsque la question des modes de vie alternatifs est abordée, c’est rarement en mettant en perspective le genre et cette longue histoire de l’absence de droits des femmes …

  2. Chauncey

    9 décembre

    Je te retrouve tellement bien dans cet article ! Cette expo a l’air super intéressante, j’aurais sans doute bien aimé la voir. Ce que tu dis sur l’indépendance financière et le foyer me semble très juste, il y a quelques temps je discutais avec ma grand-mère qui se rappelait de l’époque où pour faire ses courses il lui fallait un chèque signé par son mari… Le détail paraît anodin, mais je me rappelle du petit choc que ça m’avait fait de me dire que tout ça n’était pas si loin de nous après tout.

    • Adele Eastmacott

      13 décembre

      J’ai du réussir ma mission de donner envie, alors ! C’est vraiment une belle sélection d’oeuvres. Je crois qu’on ne réalise plus cette absence de chéquier et toutes les implications que cela avait. Ni distributeur automatique, ni commande internet, ni paiement par carte : les femmes étaient complètement bloquées. La cerise sur le pompon, c’était en apprenant que le salaire qu’elles gagnaient … était géré par leur mari.
      Puisque l’expo est loin, je ne peux que te recommander de regarder sur Netflix « Las chicas del Cable » (les filles du téléphone).

  3. […] avec un ou des ami(e)s :  Samedi, une expo avec l’adorable Babitty Lapina. Nous avons été voir Women House, après un bon petit repas en […]

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