Décline toute responsabilité en cas de procrastination

Petite leçon de lâcher-prise

Je viens vous parler de quelque chose que j’ai beaucoup fait cette année, et dont je me sens que ça m’a fait du bien (et il n’est pas question de dessiner des lapins.)

(et non)

petite leçon de lâcher prise

Lorsque j’ai commencé à prendre soin de moi, j’étais complexée par un ensemble de petits détails sur mon physique. J’étais adolescente, et même si je n’avais aucun grief contre ma silhouette (assez ordinaire), je me trouvais des dizaines de défauts. Mon nez qui constitue encore un sujet sensible, ma peau que je trouvais trop acnéique à un âge où il était normal qu’elle le soit, mes cheveux dont je trouvais qu’ils regraissaient vite … Il y a sans doute des complexes que j’ai pu oublier, comme mes cernes ou mes grains de beauté, ou que sais-je. Ce n’est que récemment que j’ai commencé à faire un peu de lâcher-prise, à me regarder avec moins de virulence et finalement, à m’accepter.

Pourtant, à la base, le matériau n’était pas fou. Mon corps n’est pas disgracieux, je crois que j’ai même plus de chance que mes copines (ou mon cher et tendre) dont le métabolisme stocke le moindre écart gras ou sucré et les fait complexer. J’ai la chance de ne pas subir de grossophobie, et c’est quelque chose dont j’ai conscience.

Il y avait une pression sociale, insidieuse, qui me donnait envie de me comparer aux autres. A mes copines, auxquelles je trouve beaucoup de charme. Plus dangereux, aux magazines, à l’image parfaite qu’on nous vendait ça et là dans les publicités et qui faussait mon jugement. J’étais incapable de voir que les filles au teint parfait ou au nez joliment recourbé avaient peut-être un double menton, des pieds palmés ou n’importe quelle particularité physique, vue comme négative, que je n’avais pas. J’aurais pu me rassurer en faisant un comparatif objectif de nos physiques, une sorte de modèle à double entrée où j’aurais compté mes points.

Le problème de ma comparaison ? Elle était cruelle, et non pas objective, avec une seule personne : moi-même. Passée l’époque du collège où j’ai été une petite fille moquée, la personne la plus méchante avec mon physique, c’était encore moi, ma subjectivité et le perfectionnisme sur quelque chose que je ne peux pas vraiment maîtriser (je ne vais pas me raboter le nez moi-même : ça a l’air assez dangereux et vachement salissant).

Depuis quelques années, je n’ai plus de contacts avec mes anciens harceleurs scolaires, les bullies. Je n’ai même pas envie de chercher à retrouver leur trace sur le net, alors que les réseaux sociaux et l’utilisation ingénieuse (bon, ok, relever des noms) des anciens plaquettes scolaires pourraient en faire un jeu d’enfants. Ces personnes m’ont fait beaucoup de mal, mais cette difficulté m’a aussi construite. Je ne vais pas leur en être reconnaissante, mais je n’ai plus de raisons de leur reprocher. J’ai pu laisser ça de côté, j’ai sans doute plus de chance que d’autres qui ont été harcelés aussi et ont plus de mal à le gérer.
Restait donc une critique de taille : moi-même. Je n’ai pas fini d’avoir l’impression que j’ai des mauvais jours. Que j’ai du transpirer dans la nuit et mes cheveux sont gras, ou que je ne m’aime pas sur cette photo parce que mon nez s’y voit trop. J’ai encore éprouvé il n’y a pas longtemps et à mes dépens ce petit complexe : mon cher et tendre a mis le doigt sur mes motivations intrinsèques pour préférer une photo à une autre, en moins de temps qu’il n’en faut pour prononcer le mot magique de Mary Poppins.

Supercalifragi … oh zut, hé.

Mais j’ai commencé, tout doucement, depuis plusieurs mois, à me regarder avec plus de bienveillance. Il m’aura fallu un déclic. Mes proches le savent, j’ai travaillé pour financer mes études cette année. Un boulot très intéressant qui m’a beaucoup appris (et pas seulement monter dans un taxi) (mais j’en suis fière alors je le dis quand même) (parce que je vais pas en faire tout un fromage ou toute une note de blog). La pénibilité de ce travail résidait dans plusieurs facteurs :

– le stress de rencontrer des gens, qui tombe sous le sens dans un travail en contact avec le public.
– l’absence de lieu de travail fixe, mais c’est assez logique et irrémédiable quand on travaille sur les transports en commun.
– les horaires décalés et la fatigue engendré, très rarement, la sécurité. Au final je me suis rarement sentie menacée, même à quatre heures du matin au fin fond de la campagne

Comme je continuais mes études et que je n’étais dispensée que pour un enseignement, j’avais un emploi du temps de ministre (ou de travailleur précaire). Je planifiais mes repas et mes pauses dans ma journée de boulot quand je pouvais, comptant sur les dix minutes ici pour manger un fruit, celles deux heures plus tard pour engloutir un gâteau et faire quelques pas dehors. Quand je rentrais, j’étais « dans la tourmente », toujours un truc à finir, ou une très grosse envie de dormir pour rattraper.

Et même si je pétais le feu quand je me réveillais à trois heures en sachant que j’aurais fini le travail à midi seulement, je me suis rendue compte que non, je ne serais jamais totalement préparée. Que le plus important c’était une paire de chaussures bien faite à mon pied, ma gourde remplie d’eau, éventuellement des mouchoirs, du matériel en rab pour en donner aux collègues, de la batterie sur mes téléphones et toute ma motivation. Des vêtements chauds, aussi. Quand on travaille en extérieur, que les températures avoisinent le zéro et qu’on reste plusieurs heures dehors, je crois que mes collègues et moi avons tous considéré la possibilité de mettre du papier journal en boule dans nos chaussures. Tout ce qui pouvait nous permettre de moins subir le froid était envisageable assez sérieusement.

Au fil du temps, le maquillage et l’attention apportés à mes vêtements sont redevenus ce que je voulais qu’ils soient : un plaisir, et pas une nécessité.

chibirdChibird en parle dans cette image (cliquable). Mais maintenant, c’est trop tard : vous avez lu cet article (haha !)

Au bout d’un moment, donc, c’est venu naturellement. Je me maquillais pour me faire plaisir, quand j’avais le temps. Si je ne l’avais pas, pas grave : une des obligations du job était d’arriver à l’heure et c’est devenu le premier objectif des matins à pas d’heure ou des journées écourtées pour enchaîner le travail après les cours. Idem pour mes cheveux, il était hors de question de me lever encore plus tôt ou grignoter sur mon temps libre parce que je ne me sentais pas assez mise en valeur. Ce n’étaient que quelques heures. Dans des circonstances qui valent n’importe quel mot d’excuses.

On ne m’a jamais dit que j’avais l’air négligée, et je ne l’ai jamais senti comme ça. J’accordais du temps à trouver l’équilibre entre des vêtements jolis et la nécessité d’avoir suffisamment chaud et ne pas m’encombrer. Bien sûr que mes collègues (toutes jolies comme tout) me complexaient de temps en temps, mais hé, qui allait me demander de rester apprêtée dans des circonstances pareilles ? En fait, j’ai compris que personne d’autre que moi n’exigeait plus que répondre à des codes (être coiffé, ne pas avoir de vêtements provocants, avoir un visage aussi avenant que possible). Et à vrai dire, personne n’a le droit d’exiger autre chose qu’une attitude respectueuse. Pas même moi-même.

Et toc.


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  1. Chauncey

    8 June

    Je te rejoins totalement sur ce que tu dis, quand tu te lèves à des heures indues pour aller bosser ou que tu as un rythme de vie effréné certains trucs deviennent forcément plus prioritaires que d’autres…

    “Et à vrai dire, personne n’a le droit d’exiger autre chose qu’une attitude respectueuse. Pas même moi-même.”

    Par contre ça c’est un truc sur lequel il faudrait que je travaille je crois 😉

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